S’il y a bien une chose qui peut nous mettre en joie ce sont les petits riens, tout ce qui semble anecdotique mais qui pourtant est si important. Il y a quelques années était paru un livre qui m’avait attiré par son titre « la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » de Philippe Delerm. De quoi était il question? Peut être d’un des plus grands secrets de la joie intérieure, de savoir se réjouir des plaisirs minuscules/

Dès la première nouvelle du livre, « la première gorgée de bière » justement, tout y est. Il y a d’abord ce qu’on appelle Aline et moi, la Vivance, la joie, l’élan instinctif qui nous pousse à suivre notre désir et dans le cas précis, à engloutir cette gorgée:

«La première gorgée de bière. Comme elle semble longue, la première gorgée! On la boit tout de suite, avec une avidité faussement instinctive.»

Mais cette première gorgée est unique. Les autres, n’ont pas la même saveur:

«C’est la seule qui compte. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent qu’un empâtement tiédasse, une abondance gâcheuse. La dernière, peut-être, retrouve avec la désillusion de finir un semblant de pouvoir… Mais la première gorgée! …»

Il y a une prise de conscience que tout est dans la mesure, et que ce plaisir éphémère – mais intense – dépend de tout un ensemble de petits paramètres qui concourent à trouver cette gorgée sublime:

«En fait, tout est écrit . la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l’amorce idéale ; le bien-être immédiat ponctué par un soupir, un claquement de langue, ou un silence qui les vaut; la sensation trompeuse d’un plaisir qui s’ouvre à l’infini… En même temps, on sait déjà. Tout le meilleur est pris. On repose son verre, et on l’éloigne même un peu sur le petit carré buvardeux. On savoure la couleur, faux miel, soleil froid. Par tout un rituel de sagesse et d’attente, on voudrait maîtriser le miracle qui vient à la fois de se produire et de s’échapper.»

Puis, le regret de ce qui n’a été qu’un instant, le fait que ce plaisir inouï disparaisse en quelques instants:

«On aimerait garder le secret de l’or pur, et l’enfermer dans des formules. Mais devant sa petite table blanche éclaboussée de soleil, l’alchimiste déçu ne sauve que les apparences, et boit de plus en plus de bière avec de moins en moins de joie.»

Les neurosciences nous expliquent justement que la dopamine, ce shoot hormonal dans le cerveau qui va contribuer à ce type de joie, ne dure pas. La joie est intense, mais a priori tellement éphémère qu’on la goûte à peine.

Et s’il n’y a pas suffisamment de conscience lorsqu’on goûte cette première gorgée, ou tout autre plaisir minuscule, on risque d’essayer encore et encore de retrouver le flash. Philippe Delerm l’écrit:

«C’est un bonheur amer : on boit pour oublier la première gorgée.»

Je ne crois pas qu’on boive pour oublier la première gorgée. On désespère de ne pas la retrouver, comme le toxico qui prend reprend de la drogue pour retrouver le shoot de la première fois. A la différence qu’un plaisir minuscule, s’il est vécu en conscience, n’est pas mauvais pour le corps (sauf si dans le cas de la bière on en prend tous les jours, voire plusieurs fois par jour, et dans ce cas, le plaisir ne sera plus le même).

Mais surtout, il y a une quantité innombrable de plaisirs minuscules…

Aller se promener dans un bois ou dans les champs, se retrouver entre amis pour partager un repas ou simplement un apéro, ouvrir un bon livre dont on sait qu’il va nous transporter pendant quelques instants, regarder un oiseau qui se pause sur l’arbre en face, s’installer devant sa série TV préférée (écouter tout simplement la musique de Game of Thrones me met en joie 😊), regarder les formes dans les nuages, prendre un carré de chocolat ou un gâteau (ici aussi, attention à l’addiction !). Et laisser vivre son corps, le faire bouger, etc… Et bien entendu ressentir du désir et faire l’amour en amour…

Ces plaisirs minuscules (qui parfois ne sont pas si minuscules que ça) tout le monde les vit. En permanence. Ce qui différencie une vie morose d’une vie joyeuse, ce n’est pas ce qu’on vit, mais la manière dont on la vit! C’est la façon dont nous allons apporter du soin et de l’attention à notre vie, en mettant en avant les moments positifs de notre existence. Et comme nous le disons souvent Aline et moi, ce sont les trois courants de l’être (Conscience, Amour et Vivance) qui vont être porteurs de cette joie profonde et durable. Pour la Vivance, on en a parlé, c’est l’enthousiasme avec lequel nous accomplissons nos actes et donc la joie qui s’installe avant même de vivre ces plaisirs, notre être se préparant à l’avance à ces délectations.

C’est ensuite la conscience avec laquelle on se met à vivre ces plaisirs minuscules. On parle parfois de « pleine conscience », alors qu’il s’agit surtout de combler son esprit avec ce qui est en train de se passer là maintenant (comme l’exprime l’anglais « mindful »). D’être totalement attentif à ce qui se déroule là, maintenant. A cet instant où j’écris, je vis avec vous aussi bien le plaisir, grâce à la conscience, de mes doigts sur le clavier que celle de la première gorgée de café que je viens de me servir (écrire sur la première gorgée de bière, ça donne soif 😊 et à 10h du matin j’aime bien me servir un café).

L’amour enfin est présent si l’on ressent de la gratitude à vivre ces plaisirs minuscules. Je me dis souvent «j’ai de la chance» ou «je t’aime la vie». Ce qui permet d’augmenter encore plus le bonheur de vivre, et de transformer ces plaisirs minuscules en instants magiques.

Enjoy !

Jacques

Et toi?

Quels sont tes plaisirs minuscules?

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